Sous la présidence du poète et écrivain Milan Richter, le 18° congrès eut lieu, du 19 au 23 Août 1998, à Bratislava, en Slovaquie, en honneur du centenaire de la naissance de Jan Smrek, le grand poète de Slovaquie.

Le thème principal du congrès fut : « Un nouveau monde de paix et de poésie pour clore le millénaire » et 6 thèmes supplémentaires furent proposés aux participants pour qu’ils y consacrent des articles ou des poèmes. Parmi ceux-ci : « Poésie et tabou », « Traduire la poésie – l’art de l’impossible ? » ou « Le poète comme médiateur entre les univers ». Parmi les 160 participants, venus de 45 pays, figuraient quelques 40 écrivains éminents ou très connus, comme Tomas Tranströmer de Suède (qui allait recevoir le Prix Nobel 13 ans plus tard), Klaus Rifbjerg et Pia Tafdrup du Danemark, Ludvik Kundera, Jana Stroblova et Jiri Zacek de la République Tchèque, Knut Odegard de Norvège, Richard Pietrass d’Allemagne, Dannie Abse de Grande Bretagne, Lubomir Levcev de Bulgarie, Milan Rufus et Stefan Zary de Slovaquie, etc.
Outre la lecture d’articles et de poèmes dans les différents groupes linguistiques (Anglais, Allemand, Français/Espagnol, Slovaque/Slave, Chinois), il y eut aussi 14 récitals de poésie pour le public de Bratislava et des villes voisines, où furent présentés des poètes majeurs, internationaux ou locaux, ou encore la poésie d’un pays (poésie chinoise, de Taïwan comme de Chine continentale, ou encore, « Poètes italiens »), principalement dans les anciens palais de Bratislava (Palais Palffy, cour de l’ Hôtel de Ville de la vieille ville, Palais du Primat), ainsi que dans les centres culturels d’Autriche, de Bulgarie et de Pologne.

Dans cette période juste avant les élections parlementaires et en l’absence de président, seulement des officiels de moindre rang, comme des maires de villes ou des directeurs d’institutions purent prendre part aux cérémonies d’ouverture et de clôture. Ils eurent cependant la gentillesse d’offrir des cocktails et la réception d’adieu.

Il y eut une visite d’une journée à la ville de Modra, où le maire et la présidente de WAAC/WCP, R. Wilkinson, ont dévoilé une plaque en l’honneur de Jan Smrek et une visite à la Maison des écrivains slovaques à Budmerice, où des traducteurs de littérature slovaque ont commenté leur métier et où eut lieu une « garden party » dans le parc situé devant l’immeuble. Les participants purent aussi goûter un voyage en bateau jusqu’au château Devin.
Les récompenses du prix Jan Smrek furent attribuées à T. Tranströmer, L. Kundera et d’autres lors de la cérémonie de clôture, tandis que les diplômes de doctorat honoraire en littérature furent distribués, à des poètes internationaux et slovaques, lors de la cérémonie d’ouverture.

Une journée supplémentaire de poésie et de tourisme suivit, sous forme d’un voyage à Vienne, la capitale de l’Autriche, qui se trouve à seulement 55 km de Bratislava. Une brève visite du centre historique de Vienne fut accompagnées de trois récitals de poésie par des poètes internationaux et autrichiens. Malheureusement 1998 était encore une année/une époque de frontières, de passeports et de visas en Europe centrale et, par suite, de nombreux poètes de Turquie, Roumanie, Israël, etc, n’avaient pas les visas pour entrer et sortir d’Autriche. Si bien que le souvenir de ce voyage est un vrai cauchemar pour les organisateurs : nous passâmes 3 heures à la frontière, manquâmes des visites et, au lieu de revenir à Bratislava dans la soirée, nous revinrent au milieu de la nuit, tandis que 2 ou 3 poètes durent rester avec la police des frontières, en attendant que leur consulat reçoive des visas !

Le voyage touristique après le congrès visita les villes médiévales de Nitra et Trnava, ainsi que le cité de Kosice, dans l’est de la Slovaquie, où les poètes étrangers donnèrent un récital de poésie à un auditoire local. Les participants apprécièrent beaucoup les superbes paysages de la campagne slovaque, avec ses vieux châteaux, ainsi que l’hospitalité du peuple de Slovaquie.

Plusieurs livres et brochures furent publiés lors de ce congrès :

- Une anthologie avec, pour chaque poète, un poème dans une langue mondiale, une photo et un bref curriculum ainsi que des traces des discours du congrès.

- Une anthologie « Un violon devant une fenêtre ouverte », avec les textes des candidats au Prix Jan Smrek et des poèmes en anglais de Jan Smrek.

- Cinq brochures avec des poèmes dans différentes langues – volumes de poètes slovaques Milan Rufus, Stefan Zary, Albert Marencin, Jan Zambor, Dana Podracka et Milan Richter, qui fut, à la fois, le président honoraire et le président effectif du congrès

- Une brochure des poèmes de Jan Ondrus (un des poètes slovaques majeurs) en traduction anglaise.

Le congrès de Bratislava fur préparé et organisé par un comité conduit par Milan Richter.

Voici le discours d’ouverture du 18° Congrès Mondial de Poètes à Bratislava par Rosemary C Wilkinson, présidente de WCP/WAAC

Au nom du Congrès Mondial de Poètes et sous les auspices de l’Académie Mondiale des Arts et de la Culture et de tous nos membres internationaux, nous remercions leurs excellences Monsieur le Maire, Monsieur le Ministre slovaque de la culture, le centre national de littérature slovaque, la municipalité de Bratislava, le président honoraire Milan Rúfus, et ses vices-présidents Štefan Žáry et Albert Marenčin, le comité d’organisation conduit pas le président Milan Richter, son comité de pilotage et les associations de soutien et de parrainage. Nous, les poètes du monde, auxquels vous avez donné le titre de « saints au-delà du village », sommes honorés d’être accueillis sur cette terre précieuse. Ici nous pouvons chérir et adopter vos traditions, vos nobles tentatives littéraires pour assembler les nations dans une fraternité spéciale, à travers leurs poètes, afin que nous puissions être les témoins d’une culture prestigieuse, nous tous et particulièrement les poètes européens.

Le présent 18° congrès arrive à l’aube de notre 30° année d’existence en 1999. En 1973, quand je reçus de la «State Poetry Society » de l’Illinois, une subvention ‘Special Merit’ pour publier mon premier livre de poésie « A Girl’s will », Lou Lu Tour de New York, un des fondateurs de notre Académie, demanda à notre président du second congrès, Dr. Tin-wen Chung, de m’inviter à Taïpei. C’est ce qu’il fit, mais je ne pensais pas y donner suite, estimant que je ne méritais pas de figurer parmi une assemblée prestigieuse de poètes et de critiques de renommée mondiale. Des mois plus tard toutefois, en lisant la phrase de Dr. Chung’s « aussi pour les poètes timides et inconnus », mon voisin me convainquit d’accepter – ce que je fis. Lors de mon séjour à Taïwan, Dr. Amado Yuzon, également un fondateur de notre Académie, me proposa une médaille (la présente), mais je la refusai en arguant du fait que je ne la méritais pas encore. Il insista en la plaçant sur ma tête et ajouta : « passez le reste de votre vie à la mériter » – il me semble que j'ai bien obéi à cette suggestion, puisque, 25 ans après, je publie mon vingtième livre de poésie, après deux biographies épiques et bientôt une autobiographie de mes 35 années des carrière littéraire.

Mon service à la poésie durant tout ce temps fut d’être agent de liaison pour le 16° congrès et de travailler pour les suivants. Tout cela après avoir passé 10 ans dans l’administration hospitalière et avoir élevé quatre enfants. J’ai dû étirer le temps pour tout cela. Des années passées à aider les présidents, passés et à venir, du Congrès Mondial des Poètes, j’ai acquis leur enthousiasme contagieux à ouvrir les bras de leur nation chérie pour nous accueillir, nous poètes du monde, comme des frères et des soeurs, sans considération de couleur, de religion, d’idéologie, mais uniquement pour ce que nous sommes en poésie. Assister à un congrès mondial des poètes est comme une oasis d’eau pure où nous allons et venons pour laver, comme dans un havre, notre solitude poétique. En d’autres termes, nous avons besoin les uns des autres, nous sommes juste une grande famille. Pourquoi ?

1) D’abord parce que nous souffrons du silence des éditeurs, qui refusent nos livres en affirmant que le public ne lit jamais de poésie et qu’ils ne peuvent donc pas risquer de perte financière à cause de nous.

2) Ensuite parce que cela n’a guère d’importance pour un poète né pour écrire et qu’alors nous continuons à nous battre pour la génération à venir, qui saura réclamer que l’on remplisse le vide spirituel dont elle souffrira, cette « faim de l’âme » qui deviendra de plus en plus douloureuse au fur et à mesure que nous nous enfoncerons dans les avances de la technologie moderne. Dans le même temps, nous touchons le public par l’internet, les textes online etc.

J’ai étudié John Donne 200 ans après sa mort. Il reste donc de l’espoir pour nous tous ; j’ai confiance. Ecoutons Thomas Edison qui disait : « Nous devons nous précipiter, tout en attendant. »

Merci de tout coeur de nous recevoir, nous tous, dans votre bienaimée Slovaquie

Rosemary C Wilkinson, présidente

(18° Congrès Mondial des Poètes, 19-23 Août 1998, Bratislava, Slovaquie)